samedi 14 février 2009

Une publicité irresponsable


Quelle ne fut pas ma stupeur en rentrant chez moi hier soir. Eclairée par un grand panneau lumineux, je vois apparaître une affiche publicitaire où se distingue nettement l'appellation CAC 40. Je continue mon chemin en essayant de voir quel courtier en bourse lance ainsi une campagne de pub en mettant l'accent sur l'indice boursier parisien qui a perdu 43% de sa valeur l'année dernière.

Soudain, je me rends compte qu'il s'agit plutôt d'une affiche politique dénonçant les excès de la finance. Je me dis que les trotskystes ont fait vite et qu'ils ont déniché un beau budget pour faire de si grandes affiches en couleur. Malheureusement, ce n'est pas le libellé NPA (l'ancienne LCR) que je découvre, mais le logo du conseil régional des Pays de Loire accompagné de ce slogan : "Nos valeurs ne sont pas cotées en bourse" !

Une telle démagogie, facile et dangereuse, me laisse depuis un peu sonné. La région de gauche joue cette fois-ci un jeu particulièrement dangereux. Je rappelle que l'une des missions de cette administration est de favoriser le développement économique régional, y compris celui du secteur financier.

Stigmatiser ce monde de la finance revient ainsi à mettre dans le même panier et à condamner une profession, qui je le rappelle, remplit des fonctions vitales dans une économie de marché. Cette campagne de publicité en se focalisant sur la seule fonction spéculatrice des banquiers ne fait que jeter de l'huile sur le feu et attirer la haine. Je rappelle qu'une banquière est déjà morte assassinée par un client mécontent, et que des centaines de banquiers se font insulter tous les jours à cause d'un tel climat.

Les auteurs de cette campagne répondraient sûrement que ce n'était pas leur intention, qu'ils n'ont fait que mettre en avant les dérives du système financier. Seulement il faut être responsable de ces actes. Est-ce à la région de dénoncer de telles dérives, d'entretenir une confusion malsaine dans son propre intérêt (mais soi-disant pour se mettre du côté des vrais gens qui, eux, partagent des valeurs humaines) ?

C'est un peu vite oublier, qu'à part à des fins populistes, on ne peut couper notre système économique en distinguant d'une part un mauvais capitaliste de requins assoiffés de profits et de l'autre un bon capitaliste d'entrepreneurs utiles à la région et sentant bon le terroir.

La bourse a comme principale fonction de mettre en contact des entreprises et des investisseurs, il n'y a aucune morale là-dedans. Le CAC 40 est un indice qui regroupe les quarante premières capitalisations boursières à Paris, c'est-à-dire à peu près les 40 premières entreprises françaises. Ainsi une collectivité locale financée par des contribuables (parfois actionnaires) contraint de verser une somme à la région par le biais de la contrainte légale, utilise cet argent pour jeter l'opprobre sur des acteurs qui contribuent au dynamisme de notre pays !

C'est le monde à l'envers ! Jacques Auxiette, le président de la région, qui n'hésite pas à signer cette campagne de publicité, agit donc en irresponsable jetant par les fenêtres de l'argent facilement obtenu par le biais de l'impôt pour financer la condamnation des banquiers et des investisseurs qui, eux, prennent des risques quotidiennement, souvent avec leur propre argent, pour faire fonctionner des entreprises et assurer le développement économique de notre pays.

Mais il est tellement plus facile de cracher sur les banquiers voyous qui détruisent nos emplois, plutôt que de faire preuve de pédagogie envers les contribuables. "Prendre les gens pour des imbéciles", voilà peut-être la valeur principale de notre conseil régional.


Concernant la stigmatisation de la finance, nous vous conseillons de lire également :

Des dividendes qui divisent, Moneyzine

vendredi 13 février 2009

Le regard du PLD 44 sur la rencontre avec Jean Arthuis à Nantes

Jeudi 5 février, quarante personnes environ ont assisté à une réunion publique à Nantes présidée par le sénateur de la Mayenne et Président de la Commission des Finances au Sénat, Jean Arthuis. Le PLD 44 était présent par l’intermédiaire de son président.

M. Arthuis a fait le déplacement pour rappeler son initiative de rassemblement des partis du Centre à partir d’une base politique ayant majoritairement appartenue à l’ancienne UDF. En Loire-Atlantique, une association « Union Centriste 44 », présidée par Jean-Yves Bocher, a été créé pour réfléchir à ce projet et à ses moyens de mise en œuvre sur le plan local.

Premièrement, suite à son intervention, nous sommes restés assez dubitatifs sur la capacité de M. Arthuis à rassembler des forces si diverses. Certes, il dispose d’un puissant réseau de militants (surtout dans l’Ouest de la France), d’élus et de sénateurs, mais il s’agit là d’une famille aujourd’hui éclatée aux sensibilités et aux intérêts assez divers.

Mais surtout, en insistant sur les seuls aspects négatifs des alliés potentiels (principalement le Modem et le Nouveau Centre), M. Arthuis n’a pas été des plus rassembleurs. En effet, il a surtout insisté sur le côté volage du Modem, prêt à toutes les alliances à droite comme à gauche pour avoir des sièges. Quant au Nouveau Centre, il n’a été présenté que comme une annexe de l’UMP, sans réel avenir. Il y a de meilleures façons de traiter ses futurs partenaires !

Deuxièmement, M. Arthuis, en tant qu’expert des questions financières, était aussi venu parler de sa vision de la crise. Si nous partageons à peu près son analyse de fond, nous restons néanmoins assez sceptique quant aux stratégies proposées pour l’avenir. Le principal point de désaccord se focalisant sur la vision protectionniste de M. Arthuis concernant les marchés, l’industrie et l’emploi. N’ayant pas ici le temps d’argumenter sur cette question, nous vous renvoyons à l’article suivant.

Pour faire court, M. Arthuis voudrait faire de l’Europe un espace protégé, car il faudrait cesser d’être naïf face aux réactions volontaristes de nos concurrents (protectionnisme déguisé, subventions, etc.). Nous soulignons juste les dérives qu’un telle position peut engendrer à l’avenir, notamment à travers la possible émergence de tensions entre blocs supranationaux, l’asservissement des pays du Sud pour qui le libre-échange constitue aujourd’hui la base du développement, et enfin le déclin progressif de notre nation et plus globalement du continent européen à travers un rétrécissement de nos marchés accentué par notre régression démographique, un recul de l’innovation, et un repli sur soi néfaste à notre développement.

En revanche, nous ne pouvons que partager la vision « anti-déficits » de M. Arthuis, qui n’a pas manqué de souligner les dangers de l’endettement français devenu maladif. Pourtant, nous pouvons aussi remarquer que M. Arthuis a une part de responsabilité dans cette situation, ne serait-ce qu’en tant qu’ancien Ministre des Finances. Il nous avoua même qu’il avait voté cette année ce budget si calamiteux !

Si une personne aux fonctions si éminentes ne semble ainsi n’avoir que peu de pouvoir quant à la mise en pratique de ses convictions profondes, cela nous semble assez décourageant pour nous, simples militants. A travers son discours, il faut donc souligner le risque d’une certaine « décrédibilisation » de la fonction politique révélée par un découplage évident de l’action et du discours.

Troisièmement, M. Arthuis a rappelé son intérêt pour la mise en place de la « TVA sociale » afin de libérer les charges pesant sur le coût du travail en France. Si nous partageons la vision d’une fiscalité écrasante pour les entreprises, elle ne saurait pour nous être remplacée par un prélèvement supplémentaire sur la consommation des ménages. Nous pensons que l’Etat doit d’abord limiter son train de vie et abandonner de nombreuses prérogatives au secteur concurrentiel. A notre avis, seule une limitation de la pesanteur étatique peut produire un budget équilibré sans alourdir un fardeau fiscal déjà compromettant pour notre pouvoir d’achat et notre compétitivité.

En conclusion, le PLD 44 reste attentif à l’initiative locale « Union Centriste » car il semble partager avec ses membres de nombreuses valeurs communes. Des coopérations étroites sont ainsi envisageables, les éventuelles divergences de vue pouvant faire l’objet de débats constructifs.

En revanche, sur le plan national, si M. Arthuis semble bien positionné pour impulser un élan créateur à ce futur nouveau parti « des Centres », sa vision dans l’ensemble assez peu libérale et son incarnation assez traditionnelle de la politique nous laissent assez réservés. Néanmoins, nous ne pourrons que forger réellement notre opinion qu’à la lumière de ses futures actions.