vendredi 23 septembre 2016


Lutte contre la fraude dans les transports : un "moment de grâce" en perspective pour les usagers

Plus que de punir les fraudeurs, ce qui doit évidemment être fait, il est important de se poser la question de l'origine de cette fraude... Une des solutions pour guérir ce mal qui ronge les transports serait de moderniser le secteur à l'aide de la concurrence.

Qui a déjà vu un autobus se vider comme une baignoire à un feu rouge à quelques dizaines de mètres du terminus ? Je l’ai vécu, emporté un jour par le flot des passagers abandonnant leur bus - ligne 602 - en revenant de Montfermeil à l’approche de la Gare du Raincy Villemombre Montfermeil. La personne qui m’accompagnait m’a expliqué en toute simplicité que c’était normal, juste pour éviter de tomber sur des contrôleurs à l’arrêt suivant, le dernier de la ligne. J’étais manifestement le seul à être en règle pour le trajet. C’était il y a quelques années. La situation n’a pas dû s’améliorer depuis lors. Cette fraude représenterait un manque à gagner quotidien d’un million d’euros – estimation basse - selon la Cour des comptes.
Avec un taux de fraude de 8.9% en 2008, les Franciliens resquillaient déjà largement plus que la moyenne (3.1%) des grandes capitales occidentales (1% à Londres, 1,9% à Bruxelles, 2,18% à New York). Pour nos dirigeants politiques, il suffit de dégainer l’arme de la répression. Dans un pays tétanisé par le changement et englué dans des monopoles archaïques, cette réponse simpliste s’avère nettement plus tentante que de se pencher sur les causes de ce taux anormalement élevé. D’autant que la collectivisation des transports constitue le Nirvana pour ces politiques qui ne cessent de brocarder le transport individuel motorisé : asocial, égoïste - donc pollueur – et par conséquent capitaliste, insulte suprême même si le rachat des péchés est possible : voiture partagée, faute à moitié pardonnée.
Certains d’entre eux font des efforts pour se rapprocher de la plèbe, n’hésitant pas à quitter chauffeurs et taxis pour se plonger en "immersion" dans les transports en commun, voire même à prendre tous les matins le train le temps d’une campagne électorale. D’autres nous racontent carrément leur "moment de grâce" dans les transports collectifs. Je suis ému… et presque reconnaissant de les voir partager, même un court instant, le quotidien de millions de Franciliens. Mais tous n’ont pas ce tact. Le primesautier Jacques Chirac n’avait pas hésité en son temps – lointain – à montrer un autre exemple en sautant par-dessus le portique. Immortalisé par la photo célèbre qui lui avait valu un joli titre du Nouvel Obs : "La France qui triche". Le citoyen qui "subit" le RER tous les matins enjambe les SDF dans des couloirs insalubres en espérant ne pas souffrir un retard – fréquent – inexpliqué… lorsqu’il n’y a pas de grève.
Par ailleurs, le prix trop faible du Pass Navigo ne procure pas au STIF les moyens nécessaires pour assurer un service convenable. Ses 70 euros mensuels représentent un peu plus du quart de son coût réel de fonctionnement (contre 60% à la charge des entreprises). Tandis qu’à Londres, les passagers en payent plus de la moitié, ce qui explique pourquoi l’abonnement couvrant la distance maximale coûte plus de 400 euros par mois. A Berlin, l’abonnement mensuel de 97 euros en représente presque la moitié, et les 91 euros à Madrid 41%. En France, les camarades-citoyens contraints de recourir aux transports collectifs sont presque pris en otage de cette idéologie du tout-low cost.
Hors de Paris, l’absence de marché concurrentiel des transports collectifs permet à nos planificateurs de s’abstraire des besoins réels des gens. Normal, ce ne sont pas des consommateurs mais des usagers. Les premiers sont l’objet de toutes les attentions pour être fidélisés, les seconds sont captifs. Ce traitement n’incite pas à payer ce qui ressemble davantage à une taxe – de plus – qu’un billet correspondant à des services de qualité (il est d’ailleurs tentant de parler non pas de services mais de sévices publics).
L’insécurité, la foule d’incivilités rarement sanctionnées, l’absence criante d’hygiène et l’inconfort général ne renforcent pas non plus le consentement participatif des usagers. Heureusement que l’immense majorité d’entre eux continue à payer son Pass Navigo (surtout si l’employeur prend la moitié à sa charge). Que faire des autres ? L’approche répressive substitue la "peur du bâton" à l’éthique et à la satisfaction du passager.
Les solutions durables vont à l’opposé du chemin emprunté jusqu’ici. La qualité attendue a un prix. D’une part, Nous devons rétablir la vérité sur le prix du trajet en ajustant le Pass Navigo en fonction de son usage réel – distance parcourue et densité de l’offre disponible localement. Sa revalorisation significative seule peut offrir au STIF les ressources nécessaires à l’amélioration de tous les aspects de son service. C'est la condition nécessaire pour faire remonter la satisfaction - et donc le sentiment d'en avoir pour son argent - des utilisateurs de ces transports. L'argent va être d'autant plus utile que les nouvelles lignes du Grand Paris promettent d’accroître considérablement le coût de fonctionnement et d’entretien du réseau dans son ensemble.
D’autre part, "überisons" le marché des transports en commun en l’ouvrant à une concurrence libre. Un cadre libre verrait les jeunes entrepreneurs du secteur des transports se lancer pour proposer une multitude de transports collectifs agiles, adaptés aux besoins des habitants de banlieue : taxis collectifs, navettes de ville à ville, express… Nous deviendrions tous des clients, enfin heureux de payer pour un service digne de ce nom.
La question n’est pas de savoir s’il faut sanctionner les fraudeurs, punir les passagers clandestins relève de l’évidence. Mais la réponse la plus efficace pour réduire la fraude ne viendra pas de la répression aveugle d’usagers déjà suffisamment méprisés et maltraités. La triche reculera avec la modernisation et l’ouverture du secteur des transports collectifs de proximité à une concurrence vivifiante.

Par Aurélien Véron, article paru dans atlantico le 22 septembre 2016

samedi 17 septembre 2016

La GROSSE hausse du budget du ministère de la culture ----


Du pain et des jeux à quelques mois de la présidentielle

A quelques mois de la présidentielle, le ministère de la Culture va bénéficier d’une hausse historique de 5% de son budget après une augmentation déjà consistante de +2.9% cette année.
Les finances publiques sont exsangues, la pression fiscale n’a jamais été aussi élevée. Le pays s’inquiète du manque de moyens de la Justice – dont le budget a longtemps été inférieur à celui de la Culture - et de la sécurité intérieure pour traiter la menace terroriste. Alors que la Russie montre les crocs, que la Turquie se transforme en dictature islamiste et le Moyen-Orient en poudrière de plus en plus explosive, notre armée a été saignée discrètement année après année, par la droite comme la gauche.
Mais la priorité du jour pour le gouvernement, c’est le ministère de la Culture, la plus efficace des agences de communication de la gauche.
Certains rétorqueront qu’en période de crise morale et politique, le pays a justement besoin de davantage de culture. C’est vrai. Nous avons besoin de spectacle vivant, de création pour nous oxygéner l’esprit et favoriser le flux d’émotions et de réflexions que l’art nourrit. De la matière pour l’esprit. Mais de quelle culture parlons-nous ? De la bureaucratie culturelle – 11.000 fonctionnaires directs - qui encadre et sélectionne les "bons" acteurs culturels, ceux qui méritent une aide ?
Des médias "officiels" qui diffusent la bonne parole du clan au pouvoir ? Des réseaux de copinage qui s’approprient la manne des subventions au détriment des marginaux, des audacieux, des indépendants réellement créatifs ? De l’art "pompier" qui répond non pas aux goûts des Français mais à ceux des décideurs publics ? Une fois de plus, le gouvernement dilapide l’argent des Français - de leurs enfants via la dette – dans une perspective purement clientéliste. Il poursuit la "fonctionnarisation de la Culture" qui travaille de plus en plus au service non pas du public mais de l’Etat.
Les initiés vivent dans l’opulence des subventions et aides de toutes sortes, les autres survivent d’autant plus difficilement que les portes se referment vite sans l’estampille de l’Etat. L’exemple du cinéma est parlant. Le fondateur de Wild Bunch (qui a distribué The Artist et La vie d’Adèle entre autres), Vincent Maraval, s’est exprimé dans ce sens dans une tribune (1): "Le fameux système d'aide du cinéma français ne profite qu'à une minorité de parvenus". Exit – ou exode - les outsiders. Il insiste : "les acteurs français sont riches de l'argent public et du système qui protège l'exception culturelle." Cet univers fermé dominé par la cooptation ne va pas mordre la main qui le nourrit, surtout si cette main nourricière est de gauche. Ce système bien huilé vit aux dépens des jeunes talents et de la création insoumise qui doivent parfois s’exiler pour s’épanouir. C’est hors des sentiers battus, grâce à leur débrouillardise, qu’ils font éclore leurs œuvres magnifiques "malgré" leur exclusion du système.
Ces vrais artistes ne verront certainement pas leur vie améliorée par ce cadeau budgétaire pré-électoral.
En revanche, les medias complaisants seront sans doute renforcés. Les 665 millions d’aides à la presse sont déjà bien ciblés. L’hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles s’est vu privé de ses aides, le quotidien libéral L’Opinion reçoit moins de 200.000 euros – 3 centimes par numéro – et le pure player Atlantico moins de 150.000 euros tandis que l’Huma continue à bénéficier de 6 millions d’euros (24 centimes par numéro) après avoir vu sa dette de 4 millions d’euros "effacée" par François Hollande qui sait être généreux envers ses alliés avec l’argent du contribuable. L’arbitraire règne en maître au détriment d’une vraie liberté de la presse. Le poids de l’Etat dans la diffusion culturelle et dans – la construction de - l’information ne s’arrête pas là. L’AFP fait de la France l’un des rares pays à disposer d’une agence d’Etat – largement déficitaire malgré ses aides indirectes massives - à l’information. Cette concurrence déloyale est sulfureuse, tout passe par elle en France. L’audiovisuel public consomme 3.9 milliards d’euros, plus de la moitié du budget du ministère. En plus de la chaîne pointue franco-allemande Arte, l’Etat dispose de 5 chaînes nationales (France 2, 3, 4, 5 et O), de 24 antennes régionales et 9 ultramarines. Auxquelles il faut ajouter le panier Radio France (France Inter, France Bleu, France Culture, France Musique, FIP, France Info, Mouv). Une nouvelle chaîne d’information ne devrait pas tarder pour concurrencer BFM TV, LCI et iTele sur ce terrain.
Pour rappel, LCI qui a dû batailler ferme pour pouvoir être diffusée gratuitement, des rumeurs indiquent que cette décision est venue punir BFM jugée trop rude à l’égard du gouvernement. Très crédible. La hausse de 5% ira grossir les budgets de ces agences de propagande officielle au service des promotions successives d’énarques qui se succèdent au pouvoir. Indigne d’une démocratie moderne.
La seule certitude que nous livre l’histoire, c’est que l’art a besoin de liberté. La création ne se décrète pas, elle s’inscrit toujours dans une démarche spontanée, libre. Il existe heureusement un marché de la culture libre et bien vivant, même si l’Etat lui rend la vie dure. Ce bouillonnement d’initiatives individuelles et collectives permet d’entretenir le patrimoine et le dynamisme de la création. Pour le préserver et aider à son développement, la place de l’Etat dans la culture va devoir être sérieusement remise en cause. Ce n’est pas un hasard si le premier à avoir proposé la disparition de ce ministère (2) fut un ancien ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon (qui a voté François Hollande à la présidentielle). Il avait raison non seulement pour l’économie annuelle de presque huit milliards qu’elle engendrerait, mais surtout pour nous préserver de cette volonté malsaine de rééducation des Français pour les soumettre à la religion du tout-Etat. L’Etat culturel au service de la culture d’Etat.

(1)    "Les acteurs français sont trop payés", Le Monde du 28 décembre 2012
(2)    Le Monde le 19 décembre 2008
Par Aurélien Véron, article paru dans atlantico le 15 septembre 2016

dimanche 11 septembre 2016

L'UE a envoyé un mauvais signal aux entreprises ----



Le Tigre celtique et la pomme de la discorde
 
En sommant Apple de verser 13 milliards d'euros à l'Irlande suite aux conditions fiscales très avantageuses dont le géant américain a bénéficié sur le sol irlandais, la Commission européenne envoie un signal bien négatif aux grandes entreprises mondiales. En Europe et surtout en France, l'impôt sur les sociétés est contre-productif.
L’Europe a ordonné à Apple de régler 13 milliards d’euros d’arriérés d’impôts à l’Irlande. Elle a remis en cause un traitement de faveur abaissant l’imposition sur les bénéfices locaux d’Apple du taux officiel de 12,5% à un niveau oscillant de 0,005% à 1% entre 2003 et 2014. A la surprise générale, ce membre de l’Union européenne a refusé cette gigantesque manne fiscale – un quart de son budget annuel – et fait appel de la décision de la Commission européenne.
En France, pays de l’impôt, l’incompréhension est générale.

Et plutôt deux fois qu’une. Pour nos technocrates nationaux, une entreprise qui cherche à éviter l’impôt sur les sociétés est une entreprise indigne (Apple a quand même réglé 15,6 milliards d’IS dans le monde en 2015, 7 fois plus que Google). Un pays qui refuse des recettes fiscales providentielles est aussi une nation indigne.
En fait, le message de Margrethe Vestager et de la Commission est politique avant d’être budgétaire. Il s’adresse aux eurosceptiques qui ont le vent en poupe en Europe. Attention, "être politique ne doit pas être confondu avec politisé", précise un porte-parole du président Juncker. Le président de la Commission européenne – ancien Premier ministre d’un paradis fiscal – agit avec le zèle du nouveau converti… ou plutôt de celui qui s’achète une virginité pour pas cher. Message reçu 5 sur 5 par les habituels contempteurs de la "bureaucratie de Bruxelles" qui ont applaudi la manœuvre. Reniant le socle du contrat démocratique – pas de taxation sans représentation –, même les vautours souverainistes n’ont pas hésité à féliciter les bureaucrates bruxellois et à critiquer la souveraineté fiscale de l’Irlande en espérant récupérer – à tort, l’argent restera en Irlande – ce qu’ils estiment être leur part légitime de ce gâteau fiscal. Le combat n’est donc pas fiscal mais bien idéologique. A défaut de pouvoir imposer les critères de Maastricht aux grands pays dispendieux, la Commission montre ses muscles en attaquant la souveraineté fiscale d’un petit Etat membre.
C’est un très mauvais signal pour les entreprises. Cette annulation rétroactive d’un accord fiscal avec un pouvoir souverain par une administration supranationale ouvre la voie à une instabilité fiscale préjudiciable pour les investissements à venir partout en Europe.
Restons sur le terrain politique : pourquoi ne pas nous demander s’il est pertinent de taxer les bénéfices des entreprises ? Le traitement spécifique dont l’entreprise de Cupertino a bénéficié en Irlande jusqu’en 2014 fait partie d’une stratégie fiscale innovante de ce petit pays où le taux d’IS de 12,5% est très inférieur à nos 33,33%. Le résultat ne peut que nous faire rêver, le Tigre Celtique a bénéficié en 2015 d’une croissance de… 26,3% (plutôt 8% corrigée d’une écriture exceptionnelle due à l’importation d’avions en leasing). Un an plus tard, son taux de chômage est tombé de 9,4% à 7,8%. La crise est dorénavant derrière elle. Le choix irlandais paye, ne pas vouloir taxer les entreprises installées sur son sol a engendré une hypercroissance capable de la sortir des difficultés.
Les bénéfices d’une entreprise ne résultent, si on y réfléchit bien, que d’une somme de contrats avec les clients d’une part, les fournisseurs de l’autre. Taxer ces contrats est une ineptie, d’autant que les salaires subissent déjà la ponction des charges patronales, les ventes de biens et services la TVA, les bureaux et ateliers des taxes locales (CVAE/CFE) et les activités polluantes diverses taxes environnementales (TGAP, TICPE, TICFE…).
Taxez la vache, ce n’est pas la vache qui paiera. A la fin, c’est bien le consommateur final qui porte l’ensemble de ces prélèvements dont la somme, en France, atteint le record mondial de 63%. L’IS – 57,5 milliards dans le PLF 2016 – est marginal dans ce fardeau global de 295 milliards, comme le rappelle le dernier rapport Génération Libre par Robin Rivaton et Vincent Pavanello. Comble de l’absurdité, il est très inférieur à l’ensemble des aides – 130 milliards – reversées aux entreprises. Son poids dérisoire ne l’empêche pas d’être injuste et d’entraîner des effets néfastes pour les entreprises installées sur notre territoire.
D’abord, les bénéfices réinvestis dans l’entreprise sont utiles et nécessaires à son développement. Les taxer revient à freiner leurs investissements et leur développement, au détriment de l’innovation, de la compétitivité et de l’emploi. La sous-capitalisation de nos PME et le manque criant d’Entreprises de Taille Intermédiaire (4 000 ETI en France contre 10 000 au Royaume-Uni, plus de 12 000 en Allemagne) s’expliquent largement par la fiscalité excessive sur le capital, à commencer par l’IS. Ensuite, prélever les bénéfices distribués sous forme de dividendes est injustement redondant car ils sont à nouveau imposés sous la forme de revenus.
Bref, l’Impôt sur les sociétés est une ineptie à laquelle nous nous sommes malheureusement habitués. Mais à quel prix !
Les entreprises d’envergure internationale sont obligées de se prêter à des contorsions fiscales pour optimiser le montant de leurs bénéfices déclarés pays par pays. Ces acrobaties font le bonheur des fiscalistes et consomment des ressources importantes, parfois au point d’inciter les entreprises à faire de mauvais choix économiques pour échapper à un surcoût fiscal. Pour éviter cette dépense d’énergie stérile, de petits pays ont fait le pari radical d’une fiscalité très faible sur les bénéfices. Ils ont pu attirer sur leur territoire des fleurons et constituer des écosystèmes spécialisés, assurant à leurs citoyens plein emploi et prospérité. Les pays les moins flexibles crient au dumping fiscal. C’est le cas de la France, enfer fiscal en passe de devancer le Danemark et de monter sur la première marche du podium pour sa fiscalité globale, 45,7% du PIB ! Les plus agiles s’adaptent et abaissent leur taux. C’est ce qui motive le Royaume-Uni à se transformer en paradis fiscal à son tour en réduisant son taux d’IS de 15%, proche du taux irlandais de 12,5%. L’avenir est au taux zéro.
La concurrence fiscale est souvent décriée par ceux qui vivent des impôts, politiques ou hauts fonctionnaires. Ces experts de l’argent des autres ne cessent d’inventer de nouveaux concepts fiscaux très ingénieux pour taxer le gras, le sucre et tous les comportements immoraux – la liste est sans limite – à leurs yeux. Comment pourraient-ils concevoir la baisse de la pression fiscale – de quoi vivront-ils demain ? – et, pire, la disparition d’impôts absurdes ? La France a pourtant besoin d’une nouvelle architecture fiscale simple, rentable pour l’Etat et stimulant l’investissement, le développement de nos entreprises et, par-dessus tout, l’emploi.
Libérons les entreprises de l’assistanat en supprimant l’IS et l’essentiel des aides – coût nul pour les finances publiques – dont elles n’ont aucun besoin.
Par Aurélien Véron, article paru dans atlantico le 8 septembre 2016

samedi 3 septembre 2016

Lactalis le bouc émissaire idéal de nos politiques ?



 

Crise du lait : Lactalis est-elle vraiment coupable ?

Pointée du doigt depuis le début de la crise et a plusieurs reprises attaquée par les producteurs, la firme Lactalis fait office de coupable parfait dans une situation pourtant gangrenée à l'origine.

Comment ne pas se sentir solidaire des producteurs de lait pris à la gorge ? Bien cruel celui que la diffusion des images de leur détresse n’émeut pas. Comment ne pas supposer Lactalis coupable d’exploiter la France rurale ? Tout travail mérite salaire, pensons-nous spontanément. Est-ce si simple ? Après tout, la situation de nos agriculteurs diffère peu de celles des secteurs industriels souffrant de la pression d’une concurrence globalisée. Mais contrairement à eux, les producteurs de lait ont vécu jusqu’au bout dans l’illusion qu’il n’y avait pas de marché du lait. Nos agriculteurs se sont laissé piéger par la PAC… et par les ministres de l’Agriculture qui ont tenté d’acheter leurs voix en niant la réalité de l’offre et de la demande. Signer des chèques avec l’argent d’autrui est tellement plus simple que d’affronter la dure réalité pour un politique. Mais pour combien de temps ?
Au salon de l’agriculture, François Hollande a compris que ce grand mensonge n’a plus d’effet calmant.
Depuis le 1er avril 2015, il n’y a plus de quotas laitiers. L’Union européenne a cessé de garantir le prix anormalement élevé du lait et d’acheter avec l’argent des contribuables européens les excédents pour les stocker dans de gigantesques frigos. En principe, car elle continue à acheter du lait, au point d’accumuler à ce jour plus de 350.000 tonnes de lait inutile… qu’elle devra bien écouler un jour sur le marché. Ce dumping aussi absurde que massif n’est pas tombé par surprise en avril 2015. La fin de l’ère des quotas avait été annoncée depuis 2008 (si ce n’est 2003) sous la pression de partenaires européens qui en avaient assez d’alimenter à prix d’or une profession que ces aides incitaient à ne surtout pas se remettre en question. Pourquoi produire moins et faire remonter les prix quand les subventions rentabilisent la surproduction qui les font baisser ?
Au lieu de s’y préparer, les producteurs de lait ont continué jusqu’au bout à travailler sur le fondement planificateur des prix encadrés et des quantités garanties, comme si nous étions en Union Soviétique. Bernés, ils ont même fortement augmenté leur production dès 2014, amplifiant l’excès actuel d’offre. Les Français ne sont pas seuls fautifs, toute l’Europe s’y est mise, entraînant une croissance de 2.25% des volumes produits selon Eurostat.
Parallèlement à cette explosion de l’offre européenne, la consommation de lait a diminué. Les Français boivent moins de lait. Chaque année, ils baissent leur consommation de 2.5%. Déclin du petit-déjeuner, montée des allergies au lactose, vieillissement de la population, les raisons de cette baisse constante sont multiples. La promotion du lait n’y fait pas grand-chose. Le consommateur a beau pleurer devant les images d’agriculteurs en difficulté, il ne peut ignorer que la baisse de sa propre consommation de lait est l’une des raisons de cette crise. Le recul brutal des importations de lait par la Chine et par la Russie, pour des raisons distinctes, a aussi fait tanguer les cours. Ce n’est pas Lactalis qui va forcer ces pays à reprendre sa consommation antérieure de lait pour l’un, à mettre fin à son embargo sur le lait européen pour l’autre. Le résultat mécanique de ce déséquilibre croissant entre l’offre et la demande est évident. Même un collégien comprend que le prix d’un bien baisse si l’offre augmente plus vite que la demande sur un marché. Lactalis, simple maillon de transmission entre producteurs et consommateurs de lait, est bien impuissant à peser sur le cours du lait. L’offre devra inéluctablement baisser ou chercher de nouveaux débouchés à l’export pour revenir à un équilibre viable pour les producteurs français.
Mais ce n’est pas tout, notre modèle les empêche d’être compétitifs dans ce marché mondial. En limitant arbitrairement la taille des exploitations, la France impose un frein dramatique aux investissements productifs et aux effets d’échelle nécessaires dans l’agriculture. Le débat stérile sur la ferme des mille vaches – qui espérait passer de 500 à 800 têtes avec l’avis favorable de l’enquête publique illustre bien le drame qui se joue dans ce secteur en péril. De jeunes agriculteurs qui souhaitent se regrouper pour améliorer leur productivité sont bloqués et, par conséquent, condamnés à faire la manche auprès du gouvernement pour ne pas faire faillite. En Allemagne, aucune restriction de ce type. Mieux, au lieu de subventionner chaque litre de lait, masquant artificiellement le prix du marché, l’Allemagne a privilégié l’aide à la surface depuis longtemps, incitant les agriculteurs à se moderniser et à s’orienter vers les productions naturellement rentables. Pour la première puissance laitière d’Europe, le coût par litre de lait produit tombe par conséquent de 50 centimes par litre produit pour une petite exploitation de 30 vaches à 39 centimes pour celles atteignant les 1.000 têtes. Sacrée différence ! Sans pouvoir atteindre la taille suffisante, comment investir des sommes considérables dans des outils modernes qui exigent de larges volumes pour être amortis ?
Les jeunes agriculteurs ne manquent ni d’idées, ni d’énergie pour renouveler leur activité et viser les créneaux à plus haute valeur ajoutée, ceux qui misent sur la qualité. Ils n’ont pas besoin d’être soutenus par le ministre de l’Agriculture au travers de subventions – prises dans la poche de leurs clients finaux – mais par une vraie liberté d’entreprendre et de se développer. Pour préparer l’agriculture française de demain, innovante et pérenne, permettons-lui de se diversifier, de cibler les productions de qualité plus rentables et d’atteindre une taille critique.
Cessons d’accuser à tort des entreprises ou l’Europe, le pouvoir n’a qu’une seule chose à faire : laisser faire les agriculteurs.

Par Aurélien Véron, article paru dans atlantico le 1er septembre 2016