vendredi 4 novembre 2016

Nos libertés s'étiolent toujours plus et les Français courbent l'échine docilement ---



Oubliez toute vie privée, le fichier des "honnêtes gens" est né

Après la loi renseignement, la gauche a récemment signé un nouveau décret ultra-sécuritaire, qui devrait contraindre l'ensemble des Français à livrer leur patrimoine génétique à l'Etat.

Publié par atlantico le 3 novembre 2016

La gauche n'a pas les scrupules de la droite pour piétiner allègrement notre droit – universel, faut-il le rappeler ? – à la vie privée. Là où la droite avait finalement renoncé en 2012, la gauche a discrètement signé le décret liberticide vendredi 28 octobre, dans la brume des vacances de la Toussaint. Mais après tout, n'est-ce pas cohérent de la part de ceux qui ont déjà conçu et voté la loi renseignement ? Dorénavant, chaque Français devra livrer son patrimoine génétique à l'État en croisant les doigts pour que le pouvoir ne tombe pas dans d'encore plus mauvaises mains dans les prochaines décennies. En pleine montée des populismes, ce fichier a de quoi inquiéter.
 
Les promoteurs de cette vision ultra-sécuritaire répètent leur mantra qui ne trompe que les naïfs : "ceux qui n'ont rien à se reprocher n'ont aucun raison de s'inquiéter". En oubliant volontairement que nous avons tous quelque chose à cacher aux yeux de l'État : cela s'appelle précisément la vie privée. Cette logique  d'intrusion sans bornes nous mène progressivement à l'omniprésence des contrôles dans nos vies pour sanctionner la consommation de produits illicites, les négligences fiscales, les dépassements de vitesse, la tenue de propos interdits et, bientôt, les simples pensées transgressives que la loi ne devrait pas tarder à condamner. Mais aucun des tenants de cette ligne dure ne répond aux risques de dérives que la centralisation de ce type de données fait naître.
Certes, cette mesure permet d'authentifier des demandeurs de carte d'identité et de passeport, d'éviter en particulier les fraudes et autres usurpations d'identité. Le fichier TES (Titres Electroniques Sécurisés) contiendra pour ce premier motif non seulement le nom, le sexe, la date et le lieu de naissance de chaque citoyen, mais aussi des informations plus sensibles : couleur des yeux, taille, image numérisée du visage et des empreintes digitales. Il pourra inclure enfin "l'adresse de messagerie électronique et les coordonnées téléphoniques du demandeur, lorsque celui-ci a choisi d'effectuer une pré-demande de titre en ligne". 
Mais cet outil d'information pourrait bien intégrer les mêmes données des parents ainsi que leur nationalité. L'administration française aime bien connaître les origines de chacun, c'est une vieille tradition de surveillance qui a prouvé son efficacité dans la chasse aux opposants politiques ou pour rafler les Français juifs. On ne se refait pas. Il existe pourtant bien d'autres manières moins intrusives de vérifier l'identité des personnes. Les passeports biométriques permettent de réconcilier l'identité de leur détenteur avec les données biométriques grâce à une puce intégrée, sans besoin de fichier. Le développement de nouvelles technologies telles que le Blockchain offriront rapidement des alternatives fiables et sûres sans s'encombrer de fichiers susceptibles d'être détournés de leur objectif initial.
Personne ne peut non plus ignorer le risque de piratage d'un tel fichier national. Le fichier STIC de la police nationale disposant d'informations hautement sensibles a été percé par des pirates malins. Le secteur privé n'échappe pas davantage à ce fléau comme Yahoo l'a appris à ses dépens récemment. Voulons-nous risquer de voir ces précieuses informations sur l'ensemble des Français volées pour être exploitées contre nous à notre insu ? Le monde nouveau rend l'usage de ce type de fichier  - et son possible détournement - explosif pour les 65 millions de citoyens captifs.
 
Le décret facilitera également l'identification des personnes. Comment ne pas se réjouir de cet outil radical – tous fichés ! – pour retrouver l'identité de cadavres ou de personnes amnésiques, mais aussi de délinquants et criminels – présumés – qui auraient laissé une trace génétique sur le lieu de leur méfait ? Le rêve peut vite se transformer en cauchemar, et les "honnêtes gens" se retrouver suspects dans des affaires qui ne les concernent pas. Car ces indices génétiques donnent de précieux renseignements non seulement sur une personne donnée mais sur toute sa lignée : ascendant, descendant ou collatéral. Big Brother pourra mieux savoir que vous de qui vous êtes l'enfant et de qui vous ne l'êtes pas. Nous pourrions surtout tous nous retrouver soudain convoqués et livrés aux médias par simple "proximité génétique". 
Ne souriez pas, c'est arrivé aux États-Unis dans l'affaire de l'assassinat d'Angie Usry en 1996 qui s'est terminée par la condamnation douteuse de Chris Tapp. Le frère du suspect – jamais retrouvé – s'est retrouvé mis en cause et a dû batailler ferme pour établir son innocence. Cette méthode de la pêche aux proches de suspects et de criminels promet un sacré stress – et une intrusion appuyée dans leur vie privée – à nombre de citoyens qui auront la malchance de partager des gênes avec de vrais – ou supposés vrais – criminels. Dorénavant, toute trace physique collectée à notre insu sera susceptible d'être utilisée à bon… ou à mauvais escient comme l'a fait remarquer la CNIL dont nous nous posons toujours la question de l'utilité. Lorsque ses remarques sont judicieuses, elles ne sont jamais reprises.
Ce fichier ne sera pas dans les mains de n'importe quelle administration, et surtout pas celles des magistrats, derniers garants du respect du droit. Son exploitation relèvera de la police et des douanes. Autant dire des anges respectueux du droit… tant qu'il ne s'agit pas de personnalités politiques, syndicales, d'avocats ou de journalistes gênants. Les récentes affaires Squarcini et Flaesh nous rappellent à quel point la hiérarchie policière peut être inféodée au pouvoir en place et exploiter les outils les plus scandaleusement intrusifs tout à son profit. Elle l'a fait sans s'embarrasser de précautions jusqu'ici, d'où les instructions en cours. Il est facile d'imaginer que les futurs patrons des services de l'Intérieur agiront avec plus de finesse à l'avenir pour exploiter la richesse de ces données intimes de 65 millions de Français.
Nous l'avons vu, il existe des alternatives fiables et sûres pour garantir l'authenticité de l'identité de chacun. L'usage policier de nos données génétiques constitue un risque bien trop élevé rapporté aux bénéfices attendus. Nous ne pouvons rester indifférents à l'accumulation de textes qui amenuisent nos libertés, la protection de notre vie privée et nos défenses naturelles et légitimes contre les abus latents du pouvoir. Voilà pourquoi nous devons massivement nous mobiliser pour exiger le retrait de ce texte dangereux.
 
Par Aurélien Véron, article paru dans atlantico le 3 novembre 2016

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