jeudi 19 janvier 2017



Merci, Monsieur le Président !

Paru dans atlantico le 19 janvier 2017

Je me sens obligé de vous adresser mes félicitations pour ce que vous laisserez derrière vous en mai prochain : votre liquidation de l’héritage socialiste.

Monsieur le Président,
Cher François,
Je me surprends moi-même à vous avouer ma profonde admiration. Mais je me sens obligé de vous adresser mes félicitations pour ce que vous laisserez derrière vous en mai prochain, lorsque vous quitterez le Palais de l’Elysée. Je ne parle pas de la courbe tragique du chômage, ni du nombre de faillites d’entreprises, ni de la montée de la pauvreté, ni de la dette publique proche du seuil historique de 100% du PIB, ni de votre mépris de la démocratie – état d’urgence aussi permanent qu’inopérant – ou de la vie privée de vos concitoyens - loi renseignement affreusement et inutilement intrusive - qui vous l’ont bien rendu.  Je n’ai pas plus à l’esprit le délitement de l’école ou le tirage au sort de l’avenir de nos enfants à l’université.
Non, je veux parler de votre liquidation de l’héritage socialiste. François Mitterrand avait donné le baiser de la mort au parti communiste. En un mandat, vous avez terminé le travail en parvenant à dézinguer le parti socialiste. Vous lui avez inoculé un poison mortel lent sans l’ombre d’une hésitation. Vous l’avez d’ailleurs confié aux auteurs du livre « un président ne devrait pas dire ça », entre deux confidences sur votre mépris pour la Justice : « le PS devrait se faire hara-kiri ».
Grâce à vous, la gauche sera bientôt débarrassée de ce carcan de vieux apparatchiks, PS essentiellement composé d’élus et d’apparatchiks éloignés des réalités du secteur privé. Tout le monde espérait sa fin, vous avez transformé ce rêve en réalité. C’est beau comme un matin d’hiver. En ne vous représentant pas, vous laissez les socialistes mettre collectivement fin à leurs jours politiquement. C’est le happening d’autodestruction le plus étonnant que le pays ait connu après l’installation de « Tree » place Vendôme, œuvre signée Paul McCarthy qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. N’oubliez pas de laisser la consigne rue de Solferino : le dernier à quitter les lieux éteint la lumière.
Grâce à vous, la classe politique ne parle que d’Emmanuel Macron. Vous avez mis à Bercy celui qui vous moquait dès le début de votre mandat, vous et votre taxe à 75% : « La France, c’est Cuba sans le soleil ».  C’était bien vu. Pas un meeting, pas une réunion sans une bonne part des interventions tournant autour de la menace qu’il représente. C’est la plus belle promotion dont il pouvait rêver. Trop jeune selon ses adversaires, il n’est pas tellement éloigné de l’âge de Matteo Renzi, de David Cameron ou de Luis Zapatero lorsqu’ils ont pris le pouvoir. Trop ambitieux toujours selon eux, mais l’est-il tellement plus qu’eux ?
Oui, il a dénoncé le scandale de l’illettrisme et du manque de qualification de nombre d’ouvriers, obstacle majeur pour leur reconversion en cas de difficulté de leur entreprise. Les esprits indépendants ne pouvaient qu’abonder dans son sens et rappeler que la formation tout au long de la vie est bien au cœur de tous les enjeux. Oui, il appelle les jeunes à avoir envie de devenir milliardaires. « Envie de », concept clef. Et pourquoi pas ? Cette tête de gendre idéal à l’intelligence fulgurante tient un discours teinté de libéralisme et de modernité qui marginalise les ringards de la primaire de gauche et menace d’envoyer les vieux grognards de la politique au placard. D’ailleurs, son équipe a prévenu, elle « ne prendra pas les crevards ». Le message est clair. Du balai !
Ce Macron renouvelle un peu le genre avec son organisation hyper-pro, c’est vrai. Mais s’il déplace les foules à Paris et dans le Nord, sa connivence avec les médias parisiens – les mêmes qui avaient misé sur une victoire écrasante d’Alain Juppé contre Nicolas Sarkozy – n’est pas saine. Le buzz phénoménal autour de ses militants bien propres sur eux en train de faire du porte-à-porte à l’aide d’un outil de pointe est parfaitement artificiel. Qui peut croire à la nouveauté ? Celui qui se prétend hors système dans Paris Match est énarque, a travaillé quatre ans à l’Elysée après avoir exploité dans une banque d’affaires son carnet d’adresses d’inspecteur des finances passé par Bercy. Aucun autre candidat n’avait osé inviter jusqu’ici les médias à s’extasier devant l’innovation du porte-à-porte. Mais ne gâchons pas notre plaisir, ce candidat prend chaque jour un peu plus d’ampleur. Sauf accident – si vite arrivé -, la gauche pourrait bien se retrouver sous la houlette d’Emmanuel Macron demain. Le flux croissant d’élus socialistes franchissant le rubicond parle de lui-même. Ils fuient le Titanic.
Vous devez l’aider un peu  plus. Car si personne ne compte se battre pour se partager l’héritage – les dettes ? – du parti socialiste, certains ont du mal à avaler la pilule aux éléments de langage cosmétiquement libéraux du nouveau prophète de la gauche. Si la pilule est amère, elle n’est pourtant pas d’un libéralisme messianique. La lecture de son livre – Révolution sans point d’exclamation – ne donne des frissons aux amoureux de la liberté qu’aux premières et dernières pages. Mais quelle déception au milieu !
Il ne prend aucun risque et promet des dépenses pharaoniques au financement très flou. Nous serons tous remboursés à 100 % de soins dentaires ou oculistes et toucherons des allocs en cas de démission. Macron a gardé du PS la générosité excessive… avec l’argent des autres. C’est certes beaucoup mieux que la gauche d’antan. Mais il est encore creux et abuse trop systématiquement de la langue de bois. La séduction est réelle pour l’homme, mais qui croit encore au sauveur sans projet concret après la série d’échecs successifs issus de la gauche comme de la droite ?
Emmanuel Macron va devoir étaler son jeu dans les 3 prochains mois. Sa ligne sur l’autonomie des enseignants et des établissements scolaires va dans le bon sens, mais autonomie jusqu’où ? C’est une question cruciale de la prochaine décennie : rétablir un enseignement de qualité, adapté au  monde moderne et qui donne envie aux jeunes de continuer à se former toute leur vie. De la même manière, il annonce vouloir moderniser notre modèle social mais commence par nationaliser l’assurance chômage. Au moment où leboncoin.fr devient le premier site privé de recherche d’emploi, devant Pôle Emploi grâce à sa grande simplicité d’utilisation tant pour les employés que pour les employeurs, la modernité voudrait que chacun puisse choisir sa couverture contre le chômage. L’avenir est à la concurrence, pas aux monopoles bureaucratiques contre-performants. En fait, il apparaît comme un conservateur qui souhaite ne pas toucher à la protection sociale malgré son échec.
Monsieur Hollande, quitte à choisir la manière forte - tirer un trait sur le parti socialiste plutôt qu’assumer un Bad Godesberg à la française -, faites tout de suite passer tout de suite votre poulain Macron à la case Roger Douglas, Gerhard Schröder ou Tony Blair. Ne le laissez pas s’enliser dans une vision sociale-démocrate déjà obsolète, poussez-le à assumer une réforme de l’Etat et des baisses massives dans la dépense publique et dans la pression fiscale. Assumez votre stratégie jusqu’au bout, surprenez-nous !

Article d'Aurélien Véron paru dans atlantico le 19 janvier 2017
 

mercredi 18 janvier 2017

Avec ce brexit, où va l'Union Européenne ?



“L’Union européenne n’est plus que le véhicule de l’Allemagne” : pourquoi la déclaration choc de Donald Trump devrait sérieusement nous faire envisager un rapprochement franco-britannique

Paru dans atlantico le 17 janvier 2017

A quelques jours de sa prise officielle de fonction comme 45e président des États, Donald Trump a lancé un pavé dans la mare en estimant que "l'Union européenne n’est plus que le véhicule de l’Allemagne”. Cette déclaration du futur locataire de la Maison Blanche oblige à repenser les alliances stratégique de l'UE.

Atlantico : Dans une interview accordée par Donald Trump au Times et à Bild, le président élu déclare que "l'Union européenne n'est plus que le véhicule de l'Allemagne". Dans quelle mesure faudrait-il, dans un contexte de refonte des alliances comme actuellement, imaginer un rapprochement avec la Grande-Bretagne ?

Aurélien Véron : Donald Trump vise souvent assez juste. C’est pourquoi son insolence de sale gosse narcissique et mal dégrossi fait mal. Ses réponses consternantes n’enlèvent rien à la lucidité de son diagnostic. L'Europe ne tient qu'à un fil, et ce fil est allemand. L'Italie surendettée - dette à 133% du PIB - ressort gravement fragilisée avec la démission de Matteo Renzi. La France est inexistante depuis 2012. Le Brexit a fini l'ouvrage de détricotage de l'Union européenne. Laisser le Royaume Uni larguer les amarres sans chercher à la faire revenir au port constituerait la plus grande erreur de la décennie. Nous avons bien plus besoin des Britanniques que les Britanniques des Européens. L'Allemagne est sage mais n'a aucune envie de prendre le leadership d'un continent agité, malade de ses buveurs de vin. Outre-manche, on a su conjuguer la culture des buveurs de bière à celle des buveurs de vin. Le ferment capable de relancer l’Europe pourrait bien venir de ce berceau de la démocratie - la plus ancienne et la plus stable - et des libertés qu'elle a souvent dû venir défendre sur le continent.
La France ne devrait pas laisser Theresa May s'enliser dans un rejet irrationnel et chaotique du continent. Pour affronter la tempête qui nous menace tous en Europe - dette, vieillissement, nationalismes -, nous allons avoir besoin du talent des solides navigateurs que sont les Anglais (même si Armel Le Cléac'h devance encore Alex Thomson dans le Vendée Globe) ! Nous devons admettre qu’ils avaient de bonnes raisons de prendre leurs distances avec l'Europe, même si ce ne sont pas celles qui ont motivé les électeurs à voter le Brexit. L’Europe n’est pas elle-même en proie au doute et aux égarements dangereux ? Les politiques français - même ceux qui se prétendent européens - n’ont pas été les derniers à tirer sur l’Union européenne.
Partageons avec les Anglais le constat des dérives du continent pour reconstruire ensemble une Europe des libertés. Les libéralismes anglais et français pourraient – et devraient - être les piliers d'une renaissance européenne, distincte mais pleinement compatible avec l'ordo libéralisme allemand. Et même complémentaire, somme de Thatcher + Schroëder.

Qu'est-ce que cette confédération apporterait à la France que l'Union européenne ne confère plus ?

Aurélien Véron : La France est à l’arrêt depuis des décennies. Notre modèle social d’après-guerre produit du chômage et de la misère à la chaine. L’école est la plus inégalitaire d’Europe, les assurances sociales protègent de plus en plus mal, l’entreprise est en crise, l’Etat gonfle maladivement avec la dette, notre pays est plus divisé que jamais. Une telle confédération fondée sur le libre-échange, la protection de nos libertés et la concurrence fiscale et règlementaire relancerait l’esprit d’initiative, de réforme et de progrès. L’Etat déifié serait remis à sa modeste place, celle de protéger nos vies… et nos droits. Mais pour y parvenir, le continent a besoin d’une sévère cure de désintoxication à l’Etat providence qui mène - comme il l’a toujours fait - à la paupérisation générale et aux populismes. Bref de se voir inoculer le virus libéral anglais pour retrouver sa vitalité, sa créativité et sa confiance en lui-même dans un monde ouvert où la mobilité est constante et inarrêtable.

Et quelle forme ce rapprochement pourrait-il prendre ? Impliquerait-il nécessairement de s'éloigner de l'Union européenne ?

Aurélien Véron : C’est là que le bât blesse. Le processus engagé n’a quasiment aucune chance d’être remis en question. La sortie de l’Union européenne a été décidée par les Anglais, avec à la clef des années de procédures en perspective et le retour des séparatismes irlandais et écossais. Ils vont susciter la résurgence des nationalismes européens et nourrir des tensions que nous pensions disparues jusqu’au 23 juin 2016. Sauf catastrophe planétaire – ce que personne ne souhaite - permettant de justifier politiquement l’arrêt de cet engrenage monstrueux, nous allons devoir assister, muets, à l’implosion lente de l’Union européenne. A la plus grande satisfaction de Donald Trump qui compte bien profiter de notre faiblesse pour taxer nos exportations vers les Etats-Unis. La dernière fois que les Etats-Unis ont érigé des barrières protectionnistes, ils ont déclenché une crise mondiale qui s’est soldée par la seconde guerre mondiale. Raison de plus pour reprendre notre « destin en main », comme le suggère Angela Merkel, et proposer aux Britanniques un nouveau pacte européen fondé sur la liberté.

Interview d'Aurélien Véron paru dans atlantico le 17 janvier 2017



lundi 16 janvier 2017

Voeux 2017



Chers membres et sympathisants,

Au nom du Parti Libéral, je vous adresse à vous et à vos proches tous mes vœux de santé et de bonheur pour 2017.

Cette année sera déterminante pour l'avenir de notre pays et de nos libertés. L'Etat régalien doit se renforcer tandis que l'Etat providence a au contraire un urgent besoin de maigrir. Sans rupture profonde avec la politique actuelle, nous savons que la France ne pourra subir plus longtemps le niveau actuel de dépense publique, d'endettement, de pression fiscale, de bureaucratisation de l'école et de nos protections sociales, de charges punitives sur le monde de l'entreprise, d'infantilisation généralisée des citoyen. La France risquerait alors d’entraîner l'Europe dans sa chute.

Les enjeux électoraux des prochains mois sont cruciaux, ils fixeront les grandes orientations pour les cinq années à venir. Rien n'est joué pour le 1er tour  de la présidentielle, comme nous l'avons vu lors des primaires de la droite. Aucun candidat n'est assuré de se retrouver au second tour. Nous devons peser de tout notre poids sur les débats afin de contrer les mesures antilibérales et de promouvoir les propositions de tout candidat déclaré en faveur de nos libertés chéries. Sur les réseaux sociaux, dans les médias et sur le terrain grâce à nos candidats qui, avec votre soutien attendu, mèneront campagne pour les législatives.

Nos efforts ne s'arrêteront pas là. Même si le candidat le plus proche de nos idées parvenait au pouvoir, il se retrouverait freiné par le conformisme étatiste de sa propre majorité lors des confrontations avec les syndicats et les corporations. Notre devoir sera d'être un soutien indéfectible de tout plan de mesures allant dans le sens d'un retour de la liberté en cas d'élection d'un président réellement réformateur.
Nous avons besoin de vous et de vos compétences aussi et nous vous remercions de bien vouloir nous accorder quelques minutes pour répondre à ce questionnaire.

Comptez sur notre engagement plein et entier pour soutenir la voie libérale lors de la campagne, mais surtout ensuite dans sa traduction en actes concrets.
Amitié libérale

Aurélien Véron.

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vendredi 13 janvier 2017

Paris outragé, Paris paralysé, Paris déserté, mais un jour…




Interdictions de circulation : Paris outragé, Paris paralysé, Paris déserté, mais un jour…

Paru dans atlantico le 11 janvier 2017

La transformation à marche forcée de Paris par Anne Hidalgo n’est pas anodine. Au fur et à mesure que la maire érige une véritable muraille entre la capitale et sa banlieue, la vie intramuros s’étiole.

Une nouvelle salve d’interdictions de circuler promet de resserrer un peu plus l’étau sur la vie parisienne. Après le choc de la fermeture des voies sur berges, les quais seront à leur tour fermés aux voitures dans le centre, les 3ème et 4ème arrondissements seront intégralement piétonnisés et on roulera rue de Rivoli dans les deux sens. Côté rive gauche, l’avenue du Général Leclerc devrait au contraire être convertie en sens unique[1] pour casser l’axe de l’autoroute du sud. Cette transformation à marche forcée n’est pas anodine. Au fur et à mesure que la Maire érige une véritable muraille entre la capitale et sa banlieue, la vie intramuros s’étiole.
Certes, des quartiers résistent. Les bars bondés – aux terrasses littéralement rackettées : +500% de taxes municipales en 5 ans -  ne manquent pas, mais les restos sont de moins en moins remplis et les commerces tirent la langue. Le tourisme plonge à cause de la dégradation générale de l’image de Paris. Quant aux habitants de banlieue, pourquoi viendraient-ils dans une ville qui ne veut pas d’eux ? La qualité de vie recule rapidement pour les Parisiens eux-mêmes, piégés dans leur propre ville refermée sur elle-même. Car inversement, quitter Paris est le même enfer pour les Parisiens qui envisagent de passer un week-end à la campagne, de dîner chez des amis en banlieue ou d’aller à un simple vide grenier. Résultat, Paris se vide inexorablement, pressée par la main de fer dans un gant de fer d’Anne Hidalgo. Sans étude préalable ni débat. Presque 14.000 habitants de moins en 5 ans, l’équivalent d’une ville comme Fontainebleau. La tendance n’est pas près de s’inverser.
Autre conséquence, Paris est loin d’être une ville attirante dans une carrière d’expatrié. A la 21ème place au classement « Expat Explorer Survey »[2], il apparaît nettement que la qualité de vie attendue – fantasmée, on l’a vu - ne suffit plus à compenser l’absence de liberté économique et la faiblesse des rémunérations après impôt aux yeux des cadres étrangers. Auxquelles il faut ajouter le sentiment de paralysie – justifié - et d’insalubrité grandissant. Au moment où Londres – ville où le péage urbain, moins hypocrite que la politique du bouchon, a plutôt bien réussi - menace de se vider de ses banquiers au fort pouvoir d’achat, Paris a perdu l’essentiel de son pouvoir de séduction. La finance ira ailleurs, à Francfort peut-être.
Mais de quelle qualité de vie parlons-nous ? La HLMisation ruineuse remplace peu à peu l’exode des classes moyennes. Pour habiter Paris, il faut être soit suffisamment aisé pour se payer un foncier exorbitant, soit suffisamment défavorisé pour accéder au logement social… ou alors être copain des élus parisiens aux quotas de logements discrétionnaires. Le premier fléau de Paris, c’est sa mairie et son mauvais penchant : mener une lutte implacable contre tout ce qui anime la vie de ses « sujets ». La « nightlife » évoque Berlin, Barcelone ou Londres, plus du tout Paris où la guerre contre l’agitation nocturne et le bruit fait rage.
D’autant que la chasse aux automobilistes s’est accompagnée d’une aggravation des nuisances et de la saleté. La mairie de Paris – 2.2 millions d’habitants – a dû recruter 100 agents supplémentaires chargés du nettoyage des rues en 2016 alors qu’elle emploie déjà davantage d’agents que la Commission européenne à Bruxelles – 508 millions d’habitants. La propreté, c’est moins amusant que d’embaucher des Pierrots de la Nuit, intermittents chargés de  « passer le message d'un comportement plus attentif au voisinage dans la rue, en faisant prendre conscience que l'on ne peut créer une nuisance et s'en moquer : le silence n'est pas une répression mais une nouvelle forme de partage ».
Les 100 nouveaux agents habillés en vert ont donc rejoint l’armée des 4.900 éboueurs et 690 conducteurs de bennes. Mais la seule chose dont se souviennent les Parisiens, ce sont les interminables semaines de grève des éboueurs… municipaux et de l’aide providentielle apportée par ceux du secteur privé qui, eux, n’ont pas hésité à travailler deux fois plus dur. La conséquence, en cette fin d’année, c’est une prolifération inquiétante des rats[1] dans la capitale. Certains jardins, déjà rares à Paris où on préfère bétonner la Place de la République que d’ajouter de la verdure, ont été fermés au public pour dératisation. Alléchant, non ?
Mais Paris fait d’abord la guerre aux voitures. Par principe. A côté de vastes espaces désespérément vides – fameux couloirs - entre deux passages de bus ou de tram (quand ils passent, c’est-à-dire pas en soirée, ni le dimanche et autres jours de grève), les bouchons prennent de la bouteille. Jour et nuit, même sur les axes qui n’avaient jamais connu d’embouteillage, la mairie a réussi à instaurer le bouchon permanent. Certes, d’autres grandes villes ont choisi cette voie de centres débarrassés de l’automobile. Pas toujours avec un profil d’activité aussi intense, ni toujours avec succès. Mais aucune ne subit un monopole de transports en commun aussi insuffisant que délabré.
Aucune n’use non plus de moyens aussi cyniquement pervers que Paris. Cynisme aux résultats peu reluisants : la part des transports en commun dans les déplacements franciliens n’a quasiment pas bougé en 20 ans. Malgré une baisse de 30% du nombre de voitures, la circulation s’est terriblement dégradée. Les motos ont remplacé les voitures, le temps moyen perdu dans les transports a augmenté avec les bouchons (plus polluants qu’une circulation fluide) au prix d’une forte dégradation du quotidien des Parisiens – ne parlons même pas des banlieusards qui se savent dorénavant persona non grata - et d’un stress général peut-être plus nocif encore que les microparticules que les bouchons n’ont pas contribué à réduire.
La voiture est devenue un bien de luxe à Paris. Coût du parking, des PV inéluctables – les seuls PV de stationnement passeront à 50 euros dans les 11 premiers arrondissements de Paris, 35 euros dans les autres -, de l’assurance surgonflée, des accrochages incontournables, de l’exclusion des voitures pas assez récentes, tout est fait pour exclure les moins aisés du public pouvant encore rouler à Paris. C’est un choix politique qui a préféré jouer le harcèlement et la guerre d’usure que d’instaurer un péage plus honnête dans son côté exclusif. Paris est devenue une ville profondément divisée. Pour gâcher une soirée, il fallait parler politique ou religion. Dorénavant, le sujet le plus redoutablement efficace pour transformer un dîner en ring de catch, c’est la voiture. La moitié de la tablée va accuser les conducteurs
De tous les maux, l’autre moitié hurler qu’elle ne peut plus supporter cette quasi interdiction de la voiture. La liberté de se déplacer contre celle de respirer un air propre. Nous n’avons pour finir ni l’un, ni l’autre. Quel succès !
Et pourtant ! Malgré tous ces handicaps, Paris reste la plus belle ville du monde. En Asie, ce n’est pas la ville-caserne de Singapour ou la mégapole hyper polluée de Hong Kong qui font de l’ombre à Paris. New York et ses névrosés nourris au boulgour sans gluten et aux fruits sans saveur a perdu son charme transgressif, tout y est dorénavant formaté dans cette immense galerie marchande aux marques standardisées. En Europe, aucune ville n’est parvenue à cumuler les atouts de Paris. Tant que l’esprit parisien ne sera pas complètement éteint, nous entretiendrons – même malgré nous - cette flamme créative, transgressive, bigarrée, épicurienne.
Malgré tous les efforts infantilisants, moralisateurs et répressifs de la mairie socialiste, Paris reste la ville des plaisirs – le dernier sondage Ifop sur la vie sexuelle des Parisiens[1] va dans ce sens -, de la contestation - même si elle confine parfois à l’absurde -, de la création – comment survivre à Paris sans imagination ? -, de l’esprit. Saint-Germain des Prés s’est-elle transformée en galerie marchande parallèlement à l’appauvrissement de la pensée des intellectuels de la rive gauche ? De nombreux quartiers ont pris la relève rive droite comme rive gauche, et ce de plus en plus à l’est, ils débordent même de Paris sur la petite couronne qui prend fièrement le relais, sur l’Ile-de-France et, qui sait, peut-être un jour jusqu’au Havre comme l’annonçait Antoine Rufnacht en évoquant le Grand Paris ? Paris grandit malgré le périph, malgré l’interdiction larvée de la voiture et tous les efforts de bloquer l’accès de la ville aux non-Parisiens.
Paris reste une fabuleuse cité rayonnante de vitalité. C’est peut-être parce que nous sommes nombreux à râler en constatant l’ampleur des dégâts que nous causent nos élus et nos administrations publiques pléthoriques que nous continuons à faire battre – en chœur - le cœur de Paris. Ce n’est pas l’effondrement du tourisme qui nous arrêtera de vivre librement et d’envoyer paître les pouvoirs publics qui ont perdu de leur légitimité à nos yeux. 
N’oublions pas que toutes les révolutions sont parties de Paris. Et peut-être aussi la prochaine.

Article d'Aurélien Véron paru dans atlantico le 11 janvier 2017

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mercredi 11 janvier 2017

Encore et toujours plus d’impôts --- mais il faudra bien que ça s'arrête !

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France Stratégie : peut-on éviter une société de voleurs ?

Paru dans Contrepoints le 10 janvier 2017

L’expérience des autres pays en matière d’impôt sur les successions démontre que la France est à contre-courant de ce qui se pratique et que sur le long terme une augmentation de la fiscalité serait désastreuse.
Pardon pour cette provocation, mais le titre de la note d’analyse de l’organisme rattaché à Matignon, France stratégie, intitulée « Peut-on éviter une société d’héritiers ? » ne mérite pas de meilleure réponse.
Selon cette note, une nouvelle menace qui pèse sur notre société aurait été détectée in extremis par les experts de France stratégie. On serait à l’aube de la naissance d’une nouvelle société  – celle des héritiers vieillissants qui monopolisent toutes les ressources au détriment des jeunes générations !
J’avoue que je n’étais pas au courant de cette menace avant de lire la note en question mais c’est sans doute parce que je ne réfléchis pas assez aux phénomènes socio-économiques qu’induit le vieillissement de la génération du baby-boom. J’ai appris ainsi que les experts de France stratégie ont détecté une future augmentation significative des héritages transmis, en raison du décès des générations de l’après-guerre et qu’ils se sont vus obligés de tirer la sonnette d’alarme et de nous alerter sur ce nouveau danger qui nous guette.
On n’était déjà pas rassurés de savoir qu’on vit dans une société de consommation abominablement capitaliste, mais voilà qu’on est maintenant certains que cette société sera en plus cloisonnée dans une sorte de castes où les riches le resteront éternellement et les pauvres n’auront que leurs larmes pour pleurer. Heureusement, heureusement, l’État est là pour agir et nous sauver de cette nouvelle abomination.

Encore et toujours plus d’impôts

Sans surprise, le levier sur lequel les experts se proposent d’agir « pour éviter l’inégalité des chances et l’apparition d’une société à deux vitesses » c’est la fiscalité. Il faudrait taxer davantage le patrimoine lors de sa transmission, afin de remettre les compteurs à zéro.
L’idée est très simple, sans doute trop – il faut remettre les compteurs à zéro, afin de donner les mêmes chances de départ à tout le monde. Observez que l’argument n’est pas construit autour de la recherche de l’impôt le plus neutre ou le plus juste – on ne réfléchit pas à une alternative à l’impôt sur les sociétés où l’impôt sur le revenu. On cherche à justifier une augmentation de l’ impôt sur les successions comme garantie d’une société plus juste et équitable.
Pourtant, avec des tranches maximales allant de 45% à 60% selon le degré de parenté, on pourrait croire que le système français de fiscalité sur l’héritage est fortement redistributif. D’ailleurs, les recettes fiscales liées à la transmission du patrimoine ont été multipliées par cinq en euros constants depuis trente-cinq ans pour atteindre 12,5 milliards d’euros en 2015.
Eh bien, cela ne suffit pas, affirment les experts, peut mieux faire ! Le rapport propose ainsi un impôt sur la totalité du patrimoine hérité par une personne et non pas sur la seule fraction transmise au décès d’un aïeul. Cela revient à établir le taux d’imposition en fonction de la totalité des héritages qu’un individu perçoit au cours de sa vie (plus vous héritez, plus l’impôt augmente), ce qui reviendrait à accroître sa progressivité.

Du revenu universel à l’héritage universel – les surenchères sont ouvertes

Mais l’aspect vraiment novateur dudit rapport consiste en la proposition que l’État verse un capital au dix-huitième anniversaire de tous les individus, financé par une hausse de l’impôt sur les transmissions de patrimoine. Cette mesure viserait à réparer une autre injustice – les parents décèdent de plus en plus tard et par conséquent les enfants héritent lorsqu’ils sont déjà âgés. Il serait donc indispensable de donner un coup de pouce aux jeunes générations afin de leur éviter cette attente interminable du décès de leurs parents.
C’est une idée qui repose sur la même philosophie erronée que celle du revenu universel. En effet, si l’on admet qu’il n’est pas nécessaire de travailler pour percevoir de l’argent, pourquoi faudrait-il hériter pour percevoir un héritage ? Seul oubli de ces génies du constructivisme – pour distribuer un revenu il faudrait d’abord le créer et cette règle impitoyable s’applique aussi à l’héritage, il faut l’accumuler avant de le transmettre.
Or, si on peut gagner de l’argent sans travailler, on n’est pas vraiment incité à travailler. Et si on n’est pas sûr de transmettre ses biens, on n’est pas incité à construire un héritage, on vend, on consomme de son vivant, on part à l’étranger… Je sais, la nature humaine peut être très décevante. Tout comme les théoriciens qui essayent en permanence de l’ignorer.
Mais posons-nous les quelques questions de fond que suscite ce rapport.

Est-ce que nous sommes réellement menacés par une société d’héritiers ?

Le lecteur ne sera sans doute pas étonné d’apprendre qu’avec son taux de l’imposition sur les successions allant jusqu’à 45% en ligne directe, la France occupe la troisième place parmi les pays de l’OCDE derrière le Japon et la Corée du Sud et juste avant les États-Unis1. Le taux d’imposition moyen des pays de l’OCDE est de 15% et de nombreux pays européens comme la Suède, le Portugal, la Norvège ou l’Autriche n’appliquent aucun impôt sur les successions. Un nombre important de pays ont procédé récemment à l’abrogation totale de cet impôt  et pour la grande majorité les retombées positives sont incontestables, notamment en termes d’incitation à revenir pour les grandes fortunes qui avaient fui le pays. Le fondateur d’IKEA Ingvar Kamprad est ainsi retourné vivre dans son pays natal la Suède après plus de 40 années d’exil fiscal, ainsi que plus de 4 000 familles suédoises fortunées.
Aucun de ces pays n’est revenu en arrière.
Au-delà de l’expérience empirique, il existe également des arguments plus théoriques qui laissent présager d’un effet désastreux d’un impôt confiscatoire et qui ont été développés dans de nombreuses études et modèles2. Ainsi, un des avantages du système de propriété privé consiste en la possibilité de transmettre son patrimoine.
Le côté incitatif de cette règle est assez intuitif – j’investis dans un bien si je suis certaine que moi-même ou les personnes de mon choix en récolteront les fruits. On peut sans difficulté prévoir que si l’État applique une taxe sur l’héritage cela constitue une forte désincitation à l’investissement en France pour les plus fortunés. Ils partent à l’étranger, emportant avec eux leurs capitaux et investissements, avec toutes les conséquences économiques négatives qui s’ensuivent.
Il est donc nécessaire de prendre en compte la mobilité des personnes et des capitaux tout comme les taux d’imposition pratiqués par les autres pays et le fait que les incitations d’exil fiscal vont être très fortes si la fiscalité était alourdie davantage.
Mais laissons un instant de côté les « grandes fortunes ». Avec l’explosion des prix de l’immobilier, la plupart des personnes de la classe moyenne qui sont propriétaires de leur logement et habitent dans une zone où la tension immobilière est forte deviennent imposables, tout comme pour l’ISF, la valeur de leur patrimoine immobilier ayant fortement augmenté. Il ne s’agit donc pas d’imposer uniquement « les grandes fortunes », mais aussi beaucoup de personnes qui ont travaillé dur toute leur vie pour devenir propriétaires.

Et si on s’intéressait à l’aspect moral de l’histoire ?

C’est en réalité par là qu’on devrait commencer. La justification de l’impôt sur l’héritage serait l’égalité des chances pour tous. Une idée louable en soi, mais on se heurte très vite à une difficulté philosophique – peut-on améliorer la situation de certains membres de la société en détériorant celle des autres, sans que les seconds aient commis aucune faute envers les premiers et sans qu’ils y consentent ? Peut-on considérer qu’un patrimoine accumulé sans voler personne, tout en s’acquittant des impôts sur les revenus qui ont permis de l’acheter est acquis de façon injuste et cette injustice mérite réparation ? Je ne crois pas qu’il soit possible de réconcilier l’idée de la propriété privée comme fondement de la société et de l’économie de marché tout en considérant qu’il soit juste de la spolier au nom de la justice et de l’équité.
Il est de plus très probable que cela ne remette aucunement les compteurs à zéro, car ce qui donne vraiment un avantage dans la vie d’une personne c’est l’éducation qu’elle reçoit, or au moment de l’héritage elle est déjà acquise par les héritiers.
Enfin, prendre une partie de ce que nous laissons à nos enfants est une atteinte au désir profond de tout parent de faire en sorte que son enfant ait une vie meilleure que la sienne et la fierté d’y avoir contribué. C’est sans doute pour cela que plus de 85% des Français seraient favorables à la suppression totale des droits de succession.
Plutôt que de s’acharner à niveler l’héritage vers le bas, l’État ferait mieux de s’occuper de l’éducation et de faciliter la création d’entreprise – ce sont les choses qui font marcher l’ascenseur social et qui tirent tout le monde vers le haut. Le reste est de l’idéologie dont on ferait mieux de se débarrasser, à l’instar de nos voisins Européens.
En réalité, une revue rapide de l’expérience des autres pays en matière d’impôt sur les successions démontre que la France est déjà à contre-courant de ce qui se pratique et que sur le long terme une augmentation de la fiscalité serait désastreuse. Il est difficile alors d’imaginer que la raison d’être de ce rapport est le souci d’équité sociale et fiscale des citoyens français.
De façon beaucoup plus triviale, cette proposition est sans doute fondée sur la seule recherche de potentiel fiscal supplémentaire mobilisable à court terme pour un État aux abois qui n’arrive plus à financer ses dépenses. La justification est en fait assez similaire à l’explication que le célèbre braqueur Willie Sutton avait donné aux agents du FBI qui lui demandaient pourquoi il braquait les banques : « Because that’s where the money is ! ».
  1. En raison des différents abattements sur l’héritage et la fiscalité sur les donations qui est variable d’un pays à l’autre les comparaisons sont difficiles et ne peuvent se baser uniquement sur le taux marginal. Néanmoins, la France reste clairement parmi les pays de l’OCDE qui imposent l’héritage le plus lourdement comme nous pouvons le voir ici http://www.agn.org/agn/intl/EURM/TaxBrochures2015/GiftInheritance-2015.pdf 
  2. Vous trouverez quelques références ici http://www.heritage.org/research/reports/2015/07/state-death-tax-is-a-killer 
Article de Vesselina Garello - Docteur en économie, Vesselina Garello est élue déléguée aux finances à Saint-Maximin dans le Var et responsable de la gestion de la dette et des reversements de fiscalité d'une communauté d'agglomération paru dans Contrepoints le 10 janvier 2017.


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